Voilà. C’est arrivé. Je n’ai pas écrit sur ce blog depuis plusieurs lustres. Vous comprendrez pourquoi en lisant. Depuis le mois d’octobre, aucune nouvelle. Il va falloir que je fasse court (ma spécialité…), que je sois organisé, clair, tout ça. Je vais faire des parties, et tâcher de ne pas m’éparpiller. Voici les 4 raisons de mon silence depuis le 3 octobre 2011.
Raison 1
Nous avons été dans le sud-ouest pendant tout le mois de novembre suite à la commande par la BdP des Landes, d’une tournée de « Sons voyageurs pour mots-valises » et « Plume vole » dans le pays morcenais.
Le pays morcenais c’est la région de Morcenx.
Euh… oui ok ça n’éclaire pas beaucoup, disons les Landes du plein milieu, au bord sud du Parc Naturel régional des Landes de Gascogne…
Le pays morcenais comprend 9 communes : Arengosse, Arjuzanx, Garrosse, Lesperon, Morcenx, Onesse-et-Laharie, Ousse-Suzan, Sindères, Ygos…
Cela ne vous éclaire pas plus, je le sens bien.
Euh… 18 hab. / km2… Là, ça commence à vous parler.
Pour comparer, Paris c’est 21 277 (source Wiki…).
Dans ce coin de France, le pays morcenais, il y a plus de grues cendrées que d’habitants.
La densité de cèpes au km2 y est très au-dessus de la moyenne française, et même mondiale ! Elle est affreusement au-dessus de celle des hommes, ce qui fait craindre une invasion, c’est pourquoi le landais en cueille des dizaines de kilos chaque saison. Pour sa survie disons.
Ici, les véritables maîtres des lieux sont le champignon, le pin (malgré la catastrophe de la tempête de 2009), la bruyère, la fougère, et donc, la grue cendrée (entre 20 000 et 30 000 grues sont à Arjuzanx en hivernage).
Cueillir cinq ou six kilos de cèpes en regardant passer des milliers de grues dans le soleil levant, ou couchant, se révèle une activité tout à fait satisfaisante. Lorsque nous avions le temps, nous y sacrifiions, Maïté et moi, avec délice. Pas à dire, côté art de vivre, les Landes, c’est le Pérou (en beaucoup moins loin, et en beaucoup plus plat !).
Bref, nous avons obtenu commande d’une tournée dans ce paradis végétal et animal (gare aux chevreuils, sangliers, faisans, et autres bestioles suicidaires, au bord des routes !).
Morcenx, avec un peu moins de 5000 habitants, possède la médiathèque principale du coin, dont les employés animent les petites médiathèques des villages de "l’intercommunalité". Nous jouerions « Sons voyageurs… » dans toutes les communes, et « Plume vole » à Morcenx et Sabres (1200 hab. – 8 hab. / km2, l’autre « grande » commune de la tournée). Maïté nous ayant vendu « Plume vole » à Mimizan également, notre emploi du temps était scellé : 11 lieux, 16 représentations en 10 jours. Si l’on ajoute 3 représentations que nous venions de faire dans le Gers (Mirande, Condom, Nogaro), on peut dire parler de tournée chargée non ?
Nous voilà donc logés à Luglon (315 hab.), dans une petite maison à l’aménagement flambant neuf, pour une dizaine de jours.
Départ dans les brumes du matin, entre chien et loup, routes droites tracées au cœur du pays, baigné des roses de l’aurore, retour dans les orangés du soir, l’horizon constellé de milliers de ces grands oiseaux en vols processionnaires, immenses V entremêlés, criant sur deux tons d’incessantes consignes incompréhensibles et bruyantes.
L’association « Enfance et Musiques » avait pour l’occasion décidé de nous envoyer une émissaire de luxe, armée d’une caméra : Geneviève Schneider, responsable pédagogique de l’association. Ainsi, nous serions filmés (le film est en cours) lors de deux séances, une de chaque spectacle. La pression maximale donc.
Les trois séances gersoises de « PlumeVole » ayant été des succès, nous étions surtout mobilisés pour la création de « Sons voyageurs pour mots valises ». Nous n’allons pas ici verser dans l’autosatisfaction, mais l’accueil qui a été réservé au spectacle (en dehors de l’accueil très chaleureux qui nous a été fait à nous) a été très encourageant. « Sons voyageur… » peut désormais voyager sans crainte, et d’ailleurs, une autre tournée nous a été commandée par la communauté de communes de la Vallée de l’Hérault, selon le même principe (communes rurales, représentations quotidiennes).
Remerciements aux responsables des médiathèques gersoises, Condom, Mirande, Nogaro, pour leur accueil de « Plume vole », en attendant d’y faire un tour.
Cette tournée entre Gers et Landes, nous a donnés l’occasion d’aller musarder du côté d’un petit lieu remarquable, proposant dans un milieu rural des spectacles de grande qualité. Il s’agit, à Arblade-le-Bas (124 hab.), du Petit Théâtre Spirale, où Frédéric David, et son équipe, font un formidable travail. Nous y avons vu notamment le spectacle de Gorky [Jonglerie drôle et poétique] : Les Balles populaires. Drôle, tendre, brillant, intime…
Le théâtre Spirale est une ancienne grange en pleine campagne, où une programmation régulière attire des gens de toutes conditions, depuis le paysan à béret, jusqu’au bobo éco certifié, de tous âges, et de toutes origines : improbable et magnifique !
Tous les liens ci-contre, dans les liens.
Raison 2
Nous avons fait un spectacle de Noël !!!
Ah Noël ! Depuis plusieurs années, nous nous refusons à l’exercice, pour tout vous avouer. Pourtant nous ne souffrons d’aucune allergie au sapin, au chocolat, aux airs sirupeux, au rouge associé au vert, ou à la dinde… Simplement ça ne venait pas. Pour les fêtes de Noël, nous jouions Zarafa, qui se passe en Afrique et cela allait très bien comme ça.
Alors quelle mouche nous a piqué ?
Un insidieux personnage est la cause de cette délicate décision. Il s’agit du directeur du théâtre Divadlo. Après bien des détours, il a ainsi semé chez nous cette idée quelques temps en avance, quasiment 2 ans. Et il y est revenu. Petit à petit, il a bien fallu y réfléchir, dire non, de manière catégorique et en braillant fort. C’est sans compter sur ce genre de personnage tout en discrète autorité : lui avait décidé, et il parviendrait à ses sourds et sombres projets. Tout allait bien, je tenais bon, jusqu’au moment ou Maïté, dans un de ces moments où toute résistance théorique est chez elle abolie par la magie de l’instant, a dit oui…
Alors là, j’ai protesté, j’ai raillé, j’ai vitupéré même, sans vraiment y croire. Le sort était scellé.
En guise de vengeance, j’ai écrit un conte de Noël sans parole, qui raconte l’histoire d’un clochard le soir de Noël. Un clochard avec un ange gardien.
Nous avons acheté de vénérables gongs chinois, et avons adapté quelques chansons de Noël avec des percussions métalliques, un décor blanc, un bonhomme de neige…
Malheureusement, l’idée a plu, et nous avons créé ce spectacle au théâtre Divadlo.
Voilà. Tout le monde est content. Même moi, au final. Moralité : se méfier des gens discrets, têtus, et gentils.
Avec « Sons voyageurs… » nous avions créé deux personnages aux limites du clown, naïfs, un peu fantasques. Dans « Quelque chose qui cloche », ces personnages commencent à prendre vie. Je serai dorénavant un peu simple, et Maïté s’arrangera pour que les événements me soient favorables…
Un duo que nous travaillons aujourd’hui plus spécifiquement. On verra ce que cela donne, plus tard, lorsque les choses seront mûries.
Raison 3
Nous avons joué jusqu’au 24 décembre. Ainsi, toujours sur les routes, entre deux spectacles, entre deux tournées, le temps est passé sans que soient réunies les conditions nécessaires à l’écriture d’un fil de blog :
- Le temps de l’écriture
- Une connexion internet
- Des images relativement parlantes
- Aucune urgence qui vienne perturber l’agencement de ces trois conditions…
Raison 4
Formation lecture à voix haute
J’ai également beaucoup regimbé, lorsque Maïté (encore elle !) m’a suggéré l’idée de présenter une formation sur la lecture à voix haute.
Sans elle, je vous le dis, je serais sans doute aujourd’hui mollement alangui sur quelque paillasse Pacifique, ou Atlantique, ou Méditerranéenne, établissant un comptage très pointilleux des mouettes alentour, entre deux gorgées d’un breuvage fort, adouci de jus d’un fruit de saison : ananas-rhum, champagne-framboises, mangue-tequila, ou pourquoi pas une poire williams additionnée d’une bonne rasade de cidre poiré…
Bon, cela étant, la lecture à voix haute, j’y suis rompu, depuis longtemps. Alors j’ai laissé là mes rêves de farniente, j’ai relu quelques ouvrages utiles, j’ai proposé un cocktail à ma façon, pimenté de textes difficiles, adouci d’une bonne rasade de confiance en soi…
La BdP du Gers a bien voulu tenter l’expérience et… tout s’en passé comme un rêve. De plus, cette formation a été validée dans les Landes et aussi dans les Hautes Pyrénées !
Merci à eux, bien sûr, merci Maïté, bien sûr, et tant pis pour moi : dans la vie, il faut savoir tenir bon. Je ne sais pas. Tout m’intéresse, tout finit par m’amuser, et il faut bien remplir les caisses de l’association !
Toutes ces raison à tout ce silence, vous les connaissez maintenant. Il va falloir repartir en tournée (la semaine prochaine). La vallée de l’Hérault, puis le théâtre de Poche (à Sète), puis de nouveau le sud-ouest, au printemps. Nous avons acheté un Espace, très vieux, très grand : fini la 106 ! Un cap est passé, celui de l’improvisation permanente. Vient aujourd’hui le temps du sérieux, de la consolidation, des projets en collaboration, des recherches de subventions : personnellement, je pense qu’il faudrait tester un whisky avec de l’hibiscus et du gingembre…