vendredi 18 mai 2012

C'est ma tournée !


Partout où l’on va, il pleut. Paris, il pleut, c’est normal. Et il fait froid. Bon. On accepte. Les toits confondent leurs gris à ceux d’un ciel menaçant, à peine troué parfois d’un rai de soleil tiède. La belle lumière. On prend la photo et on rentre.

Marseille ce matin : un orage éclate ! Pluie sans conviction. Puis soleil chaud. Ouf ! sauvés.
Demain l’Hérault : pleuvra-t-il ? Sans doute.
Lundi les Landes : on annonce une perturbation.

La météo est un sujet de conversation plutôt mou, surtout sur le blog d’une compagnie de spectacles musicaux. N’ont-ils rien trouvé d’autre ?

Je sens bien que vous vous sentez tout au bord de l’ennui. Avouez, le temps qu’il fait, hein… Bon, nous pourrions voir les choses « reverse angle », considérer notre vie d’itinérance, le frottement agaçant des essuie-glaces, l’impossibilité du pique-nique, les kilomètres non plus avalés, mais bus… Ça ne fait quand même pas le compte.

Nous aimons les tournées. La tournée, vu de l’extérieur, ça n’est que des spectacles commodément aboutés, ficelés dans un dossier financier avantageux pour tout le monde, un discours commercial presque… La vilaine affaire.
Mais vu d’ici, entre les frottements des essuie-glaces alternant les vitesses, au rythme des averses, c’est un moment de vie plutôt au poil.

D’abord un tournée c’est un territoire.
On y tourne, dans une tournée. On repasse ici, on revient là, on va un peu plus loin, on cherche autour, comme on agace l’os du poulet, en grignotant, ou le noyau de la pêche, en suçotant. Bref, à la fin, on tombe sur un truc dur. C’est l’os, le noyau, l’âme de la chose grignotée, ou suçotée. On comprend mieux le pays ainsi traité.

Et puis il y a les gens. Là encore on les voit, mais surtout, on les revoit. C’est fou comme les gens sont différents entre la « voyure » et la revoyure. Le mot est moins « différents » que « plus précis ». À la revoyure, les gens se précisent. Même entre eux qui se connaissent. Ils se retrouvent dans un contexte, ils échangent dans une situation, et ce contexte, cette situation, c’est nous qui la créons. Plus précis, moins flous, on atteint à leur os, à leur noyau. On grignote un bout ensemble, on suçote un café. On empile des chaises, on définit des espaces, on calcule des déplacements, on simule des temps, et l’on cause. 

Du début d’une tournée à la fin d’une tournée, le monde change du tout au tout. On se tutoie, on sait combien il faut de sucre pour chacun, on sait qui aime le chocolat, s’il faut prendre à gauche ou à droite, où est le meilleur boulanger, qui habite pas trop loin, ce qu’on peut manger ici et là, etc.
Avec Maïté, on rentre, on parle des gens. Un jour celui-ci s’est montré tellement différent de la veille, celle-là si fidèle à elle-même. Qui rassurer. Quoi faire. Quoi dire. Où tourner…

Ah oui, la tournée, c’est mieux qu’un spectacle isolé. Même si ça ne finit jamais vraiment isolé, un spectacle ; ça nous a toujours un petit goût de reviens-y…
Raison de plus pour commander une tournée.

dimanche 22 avril 2012

Dix d'un coup !

Ah ! Encore beaucoup de temps depuis la dernière fois. 
On dit la dernière fois comme si c’était la dernière fois, mais évidemment ça n’est pas la dernière, sinon cette fois là serait la fois d’après la dernière, et comment l’appeler alors ? La dernière fois, c'est toujours l’avant dernière. 
Bon, la Maïrol Compagnie me direz-vous (vous êtes venu pour cela n’est-ce pas ?). 
Je renonce à tenir la chronique de toutes les nouvelles. Celles-ci se périment trop vite. Il serait très ennuyeux toutefois de céder à la tentation de réserver cet espace à seulement faire le point. Et puis le point de quoi ? Il y a trop à dire.

Je vais tenter de vous convaincre d’une chose. 
En fait, tout cela est concerté. Nous lançons une offensive vaste et concertée, avec un objectif précis. Vous êtes au centre de cette offensive. Une offensive inoffensive bien sûr. La Maïrol Compagnie est en danger. Nous battons villes et campagnes pour la remettre dans une dynamique. 
Pourquoi en danger ? Parce qu’à passer beaucoup de temps à préparer l’avenir lointain, nous avons négligé de nous occuper du futur proche. Alors nous avons un bel espace pour travailler, nous avons peint, poncé, construit, réparé, rabouté, lustré, vernis, bref, nous sommes aujourd’hui bien lotis. Mais peu de dates en 2012, puisque depuis trois mois nous nous agitons à ces activités. 
Je vais consacrer ce billet à vous vendre un spectacle (en concertation, c’est à dire que Maïté pendant ce temps vous appellera au téléphone). Vous allez nous sortir de là n’est-ce pas ? Il suffit que dix d’entre vous décident de nous appeler, et le tour est joué ! Dix ! 

Le spectacle est : SACREBLEU !

Pourquoi celui-ci ? Parce que nous avons fait le calcul avec celui-ci. En fait, la saison est propice, n’est-ce pas, car il s’agit d’un spectacle d’extérieur. J’en ai déjà parlé. Je vais recommencer. Je vous renvoie également à mon billet du 27 avril 2011… 
Vous pouvez descendre, et lire ce que j’écrivais à ce propos, voir les photos, etc. Allez-y. Il faut descendre jusqu’en avril 2011. Pile un an ! Sinon, cliquez là, et vous y verrez quelques textes et photos (et inutile de lire ce qui concerne les autres spectacles).

Pour ceux qui sont déjà convaincus : 06 43 59 76 26 ou mairol@free.fr
Sinon :

SACREBLEU

Pendant le spectacle
Avant le spectacle
Pendant la toile coopérative
La toile finalisée
Une autre
Dispositif scénique : un cercle de toile de 10 m de diamètre environ, où se tiennent les enfants. Ce cercle est fermé par les adultes présents. Nous chantons, contons, jouons, et Valérie, la peintre, peint pendant le spectacle.

Après le spectacle, tout le monde vient ajouter son grain de sel, en l'occurrence son grain de bleu. Cela produit une très grande toile coopérative, où chacun peut se reconnaître.

Vous trouverez la brochure du spectacle EN LIGNE
Nous faisons une sorte de promotion supplémentaire en juin/juillet, avec des tarifs « allégés » d’une partie des frais de transport, car normalement (mais rien n’est encore sûr) nous devons le jouer à Marseille à la fin du mois de juin. C’est un spectacle plus cher que les autres car nous sommes trois. Que dire ? Il en faut dix. Ou vingt. Avant l’automne.

Allez : 06 43 59 76 26 ou mairol@free.fr

Nous proposons aussi une tournée, dans un centre de vacances, par exemple, où nous jouerions tous les jours, pendant une semaine, avec des ateliers peinture et musique, par exemple le matin. Ce serait un « package » comme on dit. C’est un vilain mot, disons plutôt « une offre globale ». On en parle ? 

06 43 59 76 26 ou mairol@free.fr

Je reviendrai.
Promis.
J’attends vos appels.
Non mais.


lundi 23 janvier 2012

Voilà. C’est arrivé. Je n’ai pas écrit sur ce blog depuis plusieurs lustres. Vous comprendrez pourquoi en lisant. Depuis le mois d’octobre, aucune nouvelle. Il va falloir que je fasse court (ma spécialité…), que je sois organisé, clair, tout ça. Je vais faire des parties, et tâcher de ne pas m’éparpiller. Voici les 4 raisons de mon silence depuis le 3 octobre 2011.

Raison 1
Nous avons été dans le sud-ouest pendant tout le mois de novembre suite à la commande par la BdP des Landes, d’une tournée de « Sons voyageurs pour mots-valises » et « Plume vole » dans le pays morcenais.

Le pays morcenais c’est la région de Morcenx.

Euh… oui ok ça n’éclaire pas beaucoup, disons les Landes du plein milieu, au bord sud du Parc Naturel régional des Landes de Gascogne…  

Le pays morcenais comprend 9 communes : Arengosse, Arjuzanx, Garrosse, Lesperon, Morcenx, Onesse-et-Laharie, Ousse-Suzan, Sindères, Ygos… 
Cela ne vous éclaire pas plus, je le sens bien. 

Euh… 18 hab. / km2… Là, ça commence à vous parler. 
Pour comparer, Paris c’est 21 277 (source Wiki…). 
Dans ce coin de France, le pays morcenais, il y a plus de grues cendrées que d’habitants. 
La densité de cèpes au km2 y est très au-dessus de la moyenne française, et même mondiale ! Elle est affreusement au-dessus de celle des hommes, ce qui fait craindre une invasion, c’est pourquoi le landais en cueille des dizaines de kilos chaque saison. Pour sa survie disons.

Ici, les véritables maîtres des lieux sont le champignon, le pin (malgré la catastrophe de la tempête de 2009), la bruyère, la fougère, et donc, la grue cendrée (entre 20 000 et 30 000 grues sont à Arjuzanx en hivernage). 
Cueillir cinq ou six kilos de cèpes en regardant passer des milliers de grues dans le soleil levant, ou couchant, se révèle une activité tout à fait satisfaisante. Lorsque nous avions le temps, nous y sacrifiions, Maïté et moi, avec délice. Pas à dire, côté art de vivre, les Landes, c’est le Pérou (en beaucoup moins loin, et en beaucoup plus plat !).
Bref, nous avons obtenu commande d’une tournée dans ce paradis végétal et animal (gare aux chevreuils, sangliers, faisans, et autres bestioles suicidaires, au bord des routes !).
Morcenx, avec un peu moins de 5000 habitants, possède la médiathèque principale du coin, dont les employés animent les petites médiathèques des villages de "l’intercommunalité". Nous jouerions « Sons voyageurs… » dans toutes les communes, et « Plume vole » à Morcenx et Sabres (1200 hab. – 8 hab. / km2, l’autre « grande » commune de la tournée). Maïté nous ayant vendu « Plume vole » à Mimizan également, notre emploi du temps était scellé : 11 lieux, 16 représentations en 10 jours. Si l’on ajoute 3 représentations que nous venions de faire dans le Gers (Mirande, Condom, Nogaro), on peut dire parler de tournée chargée non ?

Nous voilà donc logés à Luglon (315 hab.), dans une petite maison à l’aménagement flambant neuf, pour une dizaine de jours.
Départ dans les brumes du matin, entre chien et loup, routes droites tracées au cœur du pays, baigné des roses de l’aurore, retour dans les orangés du soir, l’horizon constellé de milliers de ces grands oiseaux en vols processionnaires, immenses V entremêlés, criant sur deux tons d’incessantes consignes incompréhensibles et bruyantes.

L’association « Enfance et Musiques » avait pour l’occasion décidé de nous envoyer une émissaire de luxe, armée d’une caméra : Geneviève Schneider, responsable pédagogique de l’association. Ainsi, nous serions filmés (le film est en cours) lors de deux séances, une de chaque spectacle. La pression maximale donc.

Les trois séances gersoises de « PlumeVole » ayant été des succès, nous étions surtout mobilisés pour la création de « Sons voyageurs pour mots valises ». Nous n’allons pas ici verser dans l’autosatisfaction, mais l’accueil qui a été réservé au spectacle (en dehors de l’accueil très chaleureux qui nous a été fait à nous) a été très encourageant. « Sons voyageur… » peut désormais voyager sans crainte, et d’ailleurs, une autre tournée nous a été commandée par la communauté de communes de la Vallée de l’Hérault, selon le même principe (communes rurales, représentations quotidiennes).

Remerciements aux responsables des médiathèques gersoises, Condom, Mirande, Nogaro, pour leur accueil de « Plume vole », en attendant d’y faire un tour.

Photos sur la page des photos.

Cette tournée entre Gers et Landes, nous a donnés l’occasion d’aller musarder du côté d’un petit lieu remarquable, proposant dans un milieu rural des spectacles de grande qualité. Il s’agit, à Arblade-le-Bas (124 hab.), du Petit Théâtre Spirale, où Frédéric David, et son équipe, font un formidable travail. Nous y avons vu notamment le spectacle de Gorky [Jonglerie drôle et poétique] : Les Balles populaires. Drôle, tendre, brillant, intime…
Le théâtre Spirale est une ancienne grange en pleine campagne, où une programmation régulière attire des gens de toutes conditions, depuis le paysan à béret, jusqu’au bobo éco certifié, de tous âges, et de toutes origines : improbable et magnifique !
Tous les liens ci-contre, dans les liens.


Raison 2
Nous avons fait un spectacle de Noël !!!
Ah Noël ! Depuis plusieurs années, nous nous refusons à l’exercice, pour tout vous avouer. Pourtant nous ne souffrons d’aucune allergie au sapin, au chocolat, aux airs sirupeux, au rouge associé au vert, ou à la dinde… Simplement ça ne venait pas. Pour les fêtes de Noël, nous jouions Zarafa, qui se passe en Afrique et cela allait très bien comme ça.
Alors quelle mouche nous a piqué ? 
Un insidieux personnage est la cause de cette délicate décision. Il s’agit du directeur du théâtre Divadlo. Après bien des détours, il a ainsi semé chez nous cette idée quelques temps en avance, quasiment 2 ans. Et il y est revenu. Petit à petit, il a bien fallu y réfléchir, dire non, de manière catégorique et en braillant fort. C’est sans compter sur ce genre de personnage tout en discrète autorité : lui avait décidé, et il parviendrait à ses sourds et sombres projets. Tout allait bien, je tenais bon, jusqu’au moment ou Maïté, dans un de ces moments où toute résistance théorique est chez elle abolie par la magie de l’instant, a dit oui…


Alors là, j’ai protesté, j’ai raillé, j’ai vitupéré même, sans vraiment y croire. Le sort était scellé.
En guise de vengeance, j’ai écrit un conte de Noël sans parole, qui raconte l’histoire d’un clochard le soir de Noël. Un clochard avec un ange gardien. 
Nous avons acheté de vénérables gongs chinois, et avons adapté quelques chansons de Noël avec des percussions métalliques, un décor blanc, un bonhomme de neige…
Malheureusement, l’idée a plu, et nous avons créé ce spectacle au théâtre Divadlo. 
Voilà. Tout le monde est content. Même moi, au final. Moralité : se méfier des gens discrets, têtus, et gentils.

Avec « Sons voyageurs… » nous avions créé deux personnages aux limites du clown, naïfs, un peu fantasques. Dans « Quelque chose qui cloche », ces personnages commencent à prendre vie. Je serai dorénavant un peu simple, et Maïté s’arrangera pour que les événements me soient favorables…
Un duo que nous travaillons aujourd’hui plus spécifiquement. On verra ce que cela donne, plus tard, lorsque les choses seront mûries.

Photos sur la page des photos.


Raison 3 
Nous avons joué jusqu’au 24 décembre. Ainsi, toujours sur les routes, entre deux spectacles, entre deux tournées, le temps est passé sans que soient réunies les conditions nécessaires à l’écriture d’un fil de blog :
- Le temps de l’écriture
- Une connexion internet
- Des images relativement parlantes
- Aucune urgence qui vienne perturber l’agencement de ces trois conditions…


Raison 4
Formation lecture à voix haute
J’ai également beaucoup regimbé, lorsque Maïté (encore elle !) m’a suggéré l’idée de présenter une formation sur la lecture à voix haute. 
Sans elle, je vous le dis, je serais sans doute aujourd’hui mollement alangui sur quelque paillasse Pacifique, ou Atlantique, ou Méditerranéenne, établissant un comptage très pointilleux des mouettes alentour, entre deux gorgées d’un breuvage fort, adouci de jus d’un fruit de saison : ananas-rhum, champagne-framboises, mangue-tequila, ou pourquoi pas une poire williams additionnée d’une bonne rasade de cidre poiré… 
Bon, cela étant, la lecture à voix haute, j’y suis rompu, depuis longtemps. Alors j’ai laissé là mes rêves de farniente, j’ai relu quelques ouvrages utiles, j’ai proposé un cocktail à ma façon, pimenté de textes difficiles, adouci d’une bonne rasade de confiance en soi… 
La BdP du Gers a bien voulu tenter l’expérience et… tout s’en passé comme un rêve. De plus, cette formation a été validée dans les Landes et aussi dans les Hautes Pyrénées !
Merci à eux, bien sûr, merci Maïté, bien sûr, et tant pis pour moi : dans la vie, il faut savoir tenir bon. Je ne sais pas. Tout m’intéresse, tout finit par m’amuser, et il faut bien remplir les caisses de l’association !


Toutes ces raison à tout ce silence, vous les connaissez maintenant. Il va falloir repartir en tournée (la semaine prochaine). La vallée de l’Hérault, puis le théâtre de Poche (à Sète), puis de nouveau le sud-ouest, au printemps. Nous avons acheté un Espace, très vieux, très grand : fini la 106 ! Un cap est passé, celui de l’improvisation permanente. Vient aujourd’hui le temps du sérieux, de la consolidation, des projets en collaboration, des recherches de subventions : personnellement, je pense qu’il faudrait tester un whisky avec de l’hibiscus et du gingembre…

lundi 3 octobre 2011

Peut-on commettre un meurtre en chaussettes ?

Lu hier, dans un roman de Arnaldur Indridason,
La Cité des Jarres, à la page 13 : « Peut-on commettre un meurtre en chaussettes ? ». Un des derniers « romans de l’été » pour moi, puisque cet été n’en finit pas de finir, avant d’entamer des cycles de lecture plus sérieuses, nous en reparlerons.
Cette petite phrase d’apparence anodine, placée deux pages après l’incipit — style policier oblige, on nous présente d’abord la scène du crime — que n’est-elle la première du roman ! 
En cherchant (mais je tiens toujours ce livre assez près de moi) dans « en lisant en écrivant » de Julien Gracq, je trouve (j’avais marqué la page depuis longtemps) : « Tout ce qu’on introduit dans un roman devient signe (…) ». 
Ou encore : « Il (le romancier) dépose seulement, dans une nuit non encore éclairée, un accessoire de scène destiné à devenir significatif plus tard, quand le rideau sera vraiment levé. ». 
Bon. Indridason n’est pas le sujet de Gracq, n’est-ce pas, mais cette histoire de meurtre en chaussettes m’a immédiatement conduit à ce passage là, traitant du roman (La question, de Paul Valéry et « La marquise sortit à cinq heure » pour ceux qui voudraient aller plus loin : suffit de taper cette phrase dans Google…). 
« Peut-on commettre un meurtre en chaussettes ? » tombe comme une réflexion du héros, mais un peu contre l’esprit du polar, comme certaines pages de Chandler, où Marlowe s’égare dans la description onirique d’un paysage, comme un aparté, toute intrigue policière apparemment écartée.
Rupture rythmique, moment de lenteur, mais aussi, avec cette histoire de chaussettes, comme la promesse de beaucoup plus qu’une intrigue policière. Indridason ne peut pas avoir nourri son roman d’une telle phrase, sans en supporter plus tard les conséquences. Il faudra bien que son héros soit digne de cette réflexion aux limites de l’absurde. On verra.

Pourquoi commencer par ces considérations hors sujet, alors que j’ai failli à faire avancer ce blog tout l’été durant ? Je peux sans doute moi aussi revendiquer d’introduire « un accessoire de scène destiné à devenir significatif plus tard, quand le rideau sera vraiment levé ». Ainsi, je devrai sans doute avant la fin de ce billet supporter les conséquences de ce début.
C’est indubitable.
Et même fatal.
Un blog n’est certes pas comme le roman préoccupé de développement dans le  temps. On a parfaitement le droit d’y sauter du coq à l’âne. Mais tout de même.
Ah oui ! Puisque vous y tenez, je vais faire le point de ce qui a marqué l’été de la Maïrol Compagnie. je vais le faire sous forme de liste, sans trop de commentaire, pour changer, ce sera joli :

- Zarafa au théâtre Divadlo début juillet
- Quatre jours pour aller à Gênes et retour, promesse d’y revenir vite et plus longtemps
- Une résidence à la ferme de la Colle, chez le Begat Theater, à Gréoux-les-Bains
- La refonte complète des décors de « Plume Vole », fantaisie en carton pâte
- Monty Alexander au FJ5C (Google toujours…)
- Jazz in Marciac, la clôture : on en a manqué des concerts !
- La plage de Moliets, celle de Messange, fabrication d’un épouvantail à cheval, (pas pour effrayer les chevaux, mais bel et bien un épouvantail monté…), rencontre avec l’équipe de la Médiathèque de Morcenx, bref, quinze jours en Gascogne, chez moi.
- Les rivières des Hauts Cantons, chez Maïté, avec une excellente soirée au Lézard Bleu, à Vieussan
- Une semaine de travail à Figanières (Var) : musique, décors… et aïoli au Bar du centre (avec des moules, de la patate douce, du sucré salé, même que la morue est dessalée à l’eau de source ! dixit le traiteur d’en face, un peuchère de la Belle de Mai, qui conçoit les assiettes…)
- Une semaine à Paris chez Enfance et Musique (Pantin) avec un détour par le festival Les arts dans la rue à Châtillon (92) pour suivre une déambulation du Begat Theater : Vous n’êtes pas seul. Très très beau moment.
- Quelques mémorables bouteilles de vin avec des amis « Aux deux amis », rue Oberkampf, un dîner aux « Petits Oignons », dans le XXème avec la famille, et une balade au bord du canal de l’Ourcq, mémorable également.
L’été indien à Paris ? On en redemande.


Voilà le topo. Maintenant le futur :

- Quatre jours au théâtre Divadlo (Marseille) avec Plume Vole
- Quatre jours avec Zarafa au Théâtre de poche à Sète (34)
- Une tournée dans les Landes (40) avec Sons voyageurs pour mots-valises (Commande du Conseil Général des Landes) et quelques dates de Plume Vole du 7 novembre au 3 décembre
- Deux jours de formation sur La lecture à voix haute pour la BDP du Gers (32)
- Création d’une fantaisie de Noël : Quelque chose qui cloche au théâtre Divadlo (Marseille) en décembre
Ainsi, l’année 2011 se terminera en beauté, mais il y a un hic : j’ai encore cette histoire de chaussettes sur les bras…
Alors me vient une autre lecture, celle d’un recueil de textes poétiques
de Richard Brautigan, La pêche à la truite en Amérique, de son dernier chapitre, intitulé Mayonnaise, où je me souviens encore que l’auteur n’y fait aucune mention de mayonnaise… Sauf à la dernière page, sobrement : P.S. / Sorry I forgot to give you the mayonnaise.
Bon, désolé, mais pour les chaussettes, c’est pareil. On va pas en faire un roman. De toutes manières, tout le monde sait que les machines à laver MANGENT les chaussettes, et qu’ensuite elles doivent vivre au fond de vieux tiroirs, inconsolables, privées à jamais de leurs siamoises.
Je suis sûr que celui qui commettrait un meurtre en chaussettes, le ferait avec des chaussettes ainsi dépareillées.
À bientôt
Roland Deloi

mardi 14 juin 2011

Maïrol part en campagne…

La Maïrol Compagnie voyage. Elle voyage plein sud, de l’est à l’ouest, entre la Méditerranée et l’Atlantique, le Ventoux et la Rhune, avec pour bagage un fourbi de sons et de mots pour les gens petits qui dansent…
Bien sûr, il y a la ville, ses théâtres, ses mondes en tension, son souffle, ses courants, ses tumultes, la ville quoi… Mais en ville, vous pouvez vérifier, nous n’y sommes pas vraiment.

Nous avons l’âme buissonnière. La faute à des enfances bucoliques et rêvées, rêves de genoux écorchés et de fruits chapardés, rêve du spectacle quotidien que font le chant des oiseaux, le courant d’une rivière, l’abrupt d’un cirque, celui de Gavarnie pour moi, pour Maïté celui de Navacelles…
Ces mondes en collision forment notre univers.
Un univers de cirques réduits aux dimensions d’une scène.
Finalement, il y a peu de villes dans le sud : Nice peut-être, Marseille, Nîmes à peine, Montpellier, Toulouse, Bordeaux…
Pour le reste, combien d’agglomérations ? De populations à plus de 50 km du premier théâtre ? Nous sommes allés à Roqueredonde, à Sainte- Anastasie, à Mallemort-le-Comtat, à Plaisance du Gers ou à Nogaro (en Armagnac !), à La Barben, à La Fare-les-Olivier, à Saint-Julien-d’Olargues, à Figanières et Bargemon… C’est le lot des compagnies itinérantes et petites.
Et puis nous avons grandi, sûrement, mais nous ne voulons pas lâcher les routes des Hauts Cantons, les contreforts du Ventoux, le Plateau, les collines et les landes, nous avons toujours l’âme buissonnière…
Pour ces lieux où le spectacle vivant n’a pas tout à fait droit de cité, nous avons conçu une formule, que  nous avons pensée, créativement, financièrement, à la lumière d’une bonne connaissance de ses contraintes. Cette formule la voici. Nous espérons qu’elle vous séduira.

 SONS VOYAGEURS POUR MOTS-VALISES
> Une formule où une structure « centrale » commande un spectacle, assorti d’une série d’animations spectacles conçus pour des salles moins équipées, dans des communes rurales. Le spectacle proposé est
« PLUME VOLE ». Les animations spectacles tournent autour des comptines, des jeux de doigts, avec les mots, les sons et instruments divers. Elles sont facturées deux fois moins cher que le spectacle.

> Les animations spectacles ne sont pas des spectacles au rabais ! Si les temps de mise en place et de démontage sont raccourcis, la qualité artistique demeure la même.
Publics concernés : de 0 à 5 ans.

> Le but est d’essaimer, dans une semaine, autour d’un lieu, en proposant des interventions pour des publics généralement tenus à l’écart des autoroutes du « trafic culturel ».

CONTACTEZ NOUS AU : 06 43 59 76 26

jeudi 12 mai 2011

Tranche… de rire

Cette fois, nous allons parler plume.

« Plume vole » est un spectacle pour enfants, non, en fait pas tellement, c’est un spectacle (…)
« – Quelle tranche d’âges ? Vous comprenez, il y a des tranches : c’est quelle tranche ? »
(…) pour une tranche d’âge indéfinie mais destiné aux enfants, qu’ils soient (…)
« – Mais là ça va pas parce que moi j’ai des enfants entre 3 mois et 2 ans et sept jours, alors vous comprenez, ça n’est pas la même chose vous comprenez
(…) grands ou petits, (…)
« – Oui, mais ils peuvent être les deux, ça dépend de quoi on parle, mon fils il a 3 ans il en fait au moins deux de plus, tellement il est éveillé »

(…) dont le moteur principal, le motif saillant, le fil rouge (…) 
« – Un moteur ? Un motif ? Donnez-nous plutôt le pitch ! »
(…) est une comptine très enfantine (…)
« – Ah, alors c’est pour les bébés. »
(…) mais dont les musiques sont composées sans référence à la chanson « pour enfants ».
« – Vous n’allez pas nous faire du Boulez, quand même ! »

Nous y explorons tour à tour des airs manouches (…)
« – Ah. J’aime bien Sanseverino. »
(…) des évocations de la nature (…)
« – La mer, la forêt, l’orage ? Ça peur leur faire peur ça, aux petits. »
(…) des rythmes asymétriques (…)
« – Euh… C’est pas trop difficile ça ? »
(…) des morceaux jazzy (…)
« – Oui, c’est un peu intello le jazz, pour les petits bouts de choux. »
(…) des orientalismes (…)
« – On ne sait pas si on part en Égypte finalement, avec les événements… »
(…) bref un petit voyage musical mené vivement dans des décors de carton pâte.
« – Ça me rappelle qu’il faut préparer de la pâte à sel pour mercredi. »

Les décors sont des paravents peints en référence à l’histoire de l’art (on a fait ce qu'on a pu…) (…)
« – J’aime bien Renoir… »
(…) légers, mobiles, d’où surgissent des marionnettes (…)
« – Ah ! Ça leur plaît les marionnettes »
(…) un oiselet, un chat, des tortues, et même une baleine qui fait des bulles !
« – Manque plus qu’un insecte… l’araignée Gypsy ? »

Plume vole est finalement un concert scénarisé, (…)
« – Ça n’est donc pas un spectacle ? Vous disiez spectacle, et voilà que c’est un concert ! »
(…) ce qui rend malaisé de le destiner aux uns (…)
« – Allo ? (Excusez-moi) Oui ! Écoute, je vais demander un peu plus tard si c’est possible mais là je suis avec un Monsieur et une Dame pour un spectacle à Noël… Oui… Disons vers 13 h ? Ok, oui, bises à toi aussi… Excusez-moi.
(…) plutôt qu’aux autres, tant la musique a cette capacité à traverser les âges. Nous avons vu des adultes très enthousiastes, des tout petits (de 4 mois !) très attentifs, des plus grands très silencieux ou frappant en rythme les chansons, et en tout cas un accueil chaleureux de la part de tous.



« – Je ne sais pas. Vous dites quelle tranche d’âge ?
– 3 mois à 5 ans, même 6…
– Houlala ! Une tranche comme ça, c’est inhabituel… Et vous le vendez combien ?
– ØÛå Euros
– Houlala ! Je sais pas, c’est presque le budget pour toute l’année ! Vous ne pouvez pas baisser un peu ?
– Ben… Là on a juste un cachet chacun…
– Ah ! Je vais voir, hein, je vous garantis rien, mais bon, on ne sait jamais, parfois, hein, j’aime bien les photos, ça a l’air vraiment intéressant, et avec votre voix, et celle de Maïté, ça doit vraiment les capter, les enfants, bon, je vous rappelle.
– Merci
– Pas de quoi, vraiment. Et vous le connaissez pas Sanseverino ?
– (…) »

















mercredi 27 avril 2011

Sacrebleu ! Sapristi ! Saperlotte ! et même parfois Cornegidouille ! (mais en cachette)…

Oh la la ! 
Que de temps s’est écoulé depuis ma dernière intervention ici !
(Ça commençait comme du Rimbaud, mais la chute est brutale…).
La faute à un agenda trop chargé, qui nous a tenus loin de la grande soupe électronique. J’ai donc une foule de choses à raconter, que je vais tenter d’organiser un peu, pour que chacun puisse trier, selon son intérêt.

1. CÔTÉ SPECTACLES


Zarafa se prélasse aujourd’hui derrière une paire de Jackie OHH en sirotant du bissap, mollement alanguie sur un transat au bord d’un lac tenu secret par nos services. Elle a beaucoup donné cet hiver, quotidiennement sur les routes de France, et s’offre donc une pause bien méritée.

"Au bord de l’eau" a été joué à Lodève la semaine dernière. Maïté a été très émue de revenir dans la ville de son enfance, pour y retraverser la rivière, y redécouvrir un coffre, y reconfectionner une robe magique : « Robe de toutes mes humeurs, emporte-moi vers mon étoile. » Son étoile luit aujourd’hui à Marseille, ou sans doute la vie est moins calme qu’entre les monts du Haut Hérault. Accueil fantastique du lodévois, et soleil brûlant.

Plume vole sera joué pour une semaine à Montpellier
, au théâtre La Plume, à partir du 2 mai. C’est un véritable baptême du feu pour ce spectacle, dont la première a eu lieu le 8 décembre. Pour l’occasion, nous avons totalement refait les décors, grâce à l’expertise de l’atelier Toutencarton et à la patience de Maïté.
Bon, Plume Vole est un petit concert pour les 0-5 ans, avec un jeu de paravents peints et de marionnettes approximatives. Un jour, nous referons les marionnettes également, sans doute, non qu’elles soient ratées, mais parce que notre goût des choses improvisées nous fait fabriquer des choses fragiles, incompatibles avec les multiples manipulations que notre activité suppose.
L’atelier Toutencarton est adossé à l’IME Vert Pré, dont nous avons déjà parlé, avec lequel nous procédons à des échanges fréquents de compétences et de services. Merci donc à Katia (encore) de l’IME Vert Pré pour son dynamisme, à Marielle et Damien, de l’atelier Toutencarton, pour le partage de leur savoir-faire et leur gentillesse.

CRÉATIONS 2011 :

"Le Garçon qui voulait devenir un Être Humain" a été créé en février à Montferrat et Bargemon (83). C’est un spectacle pour les plus grands (7-13 ans ?), où votre serviteur lit le premier tome du roman éponyme de Jorn Riel, alors que Maïté anime un théâtre d’ombres.
Après ces deux représentations, nous avons joué au théâtre l’Astrolabe, à Sorgues (84).
Ce théâtre est mené comme un cotre à hunier par Gérard Thébault, commandant et capitaine, tour à tour allumant le four, et réparant le moulin, donnant ici de la gueule en pétillant d’un œil, tandis que là de l’autre il caresse et séduit. Tiens, quelques vers de Corbière, pour la route :
« - Bon, ce n'est pas classique ? - A peine est-ce français !

- Amateur ? - Ai-je l'air d'un monsieur à succès ?

Est-ce vieux ? - Ça n'a pas quarante ans de service...

Est-ce jeune ? - Avec l'âge, on guérit de ce vice. »
Sacrebleu ! Ah ! Quelles émotions ont accompagné cette création là ! Tout d’abord, nous sortons du cadre. Sacrebleu ! est en effet un « Conte en musique et en peinture ». Il demande la collaboration d’un peintre, qui sera une peintre en l’occurrence : Valérie W Prazeres.
Deux mots sur son travail. Valérie a bâti peu à peu une expertise, celle de faire réaliser des œuvres en coopération.
Apparemment, c’est très simple : il suffit de laisser faire, de laisser peindre, et de signer à la fin ! Mais voilà, ça n’est pas tout à fait de cela qu’il s’agit…
Un atelier AO VIVO, qui est  la signature professionnelle de Valérie, c’est d’abord un travail d’ouverture. Ouverture à l’autre en premier, puisqu’il faut partager, l’espace, la toile, le lieu, le matériel, les couleurs, mais aussi les émotions et les élans, s’inspirer les uns des autres, se démarquer tout en respectant l’autre, et produire une œuvre de pure énergie, moment d’improvisation et de partage.
Ouverture aussi à l’environnement. Ici, l’environnement, c’est nous, la Maïrol Compagnie. Nous avons écrit un conte sur le thème du « Bleu », imposé par l’Agglopole Provence pour sa manifestation « Lire Ensemble 2011 ». Ce conte, nous l’avons mis en musique, dans un dispositif original où les enfants sont assis au milieu d’une arène de toile, que Valérie peint en  transparence en communion avec nous. Chansons et sons, voix qui racontent et couleurs qui jaillissent, les enfants, au terme de cette performance, sont invités à peindre eux-mêmes, à finir la toile, à clore, en quelque sorte, les débats.
Nous devons tout d’abord remercier Stéphanie Hamel Demuyter, de l’Agglopole Provence, sans qui rien ne serait advenu. Elle nous a accompagnés vers La BarbenFranck Nicolas, adjoint au Maire, a pris le relais avec une énergie et une gentillesse rares, puis vers La Fare les Oliviers, sous la houlette tranquille, bienveillante et efficace de Fabienne Vitiello.

Un grand merci à tous, donc ! Les toiles sont visibles à l’école de La Barben (quand nous l’auront livrée…) et à la médiathèque de La Fare-les-Oliviers.






Cliquer sur les images pour les agrandir (s'ouvrent dans une fenêtre séparée)

2. CÔTÉ FORMATIONS - ANIMATIONS

Maïté a effectué trois sessions de formation auprès des BDP des Landes, du Gers, des Hautes Pyrénées. Trois fois deux jours pour parler et expérimenter autour des « Comptines et jeux de doigts ».
Le bilan semble très positif pour les BDP concernées, avec des rapports élogieux, qui nous portent à partir dans cette voie de la formation. Ainsi, nous projetons de réaliser un projet autour de la lecture à voix haute, animé par moi-même, un autre autour de la fabrication et l’exploitation d’instruments de musique… Affaire à suivre.
Sur la lancée, nous avons (presque) improvisé des animations spectacles avec les bébés à Nogaro et à Plaisance (32, Gers). Un article dans La Dépêche, un autre dans Sud-Ouest : la Maïrol Compagnie a fêté dignement l’arrivée du printemps !
Photos : Roland Houdaille et Jean-Luc Galvan


Ces quelques news, après un long silence, vont vous sembler indigestes, aussi les ai-je agrémentées de photographies (Merci Rui, pour le coup d’œil complice !). Un petit film de Sacrebleu ! devrait suivre, mais pour le moment direction le théâtre Plume, à Montpellier : une semaine de Plume Vole pour tester les nouveaux décors à peine secs ! Une semaine à se voler dans les plumes ? On ne sait pas.

À bientôt !